La France est un pays décidément très étrange. Plus de 60.000 personnes, dont un tiers en attente de jugement, croupissent dans des prisons absolument infectes et surpeuplées. Plus de 8 millions de personnes sont mal-logées. 150.000 jeunes sortent chaque année du système scolaire sans diplôme et sans expérience professionnelle. Des centaines de milliers de travailleurs sans-papiers sont exploités en situation de quasi-esclavagisme. D’ici à la fin de l’année, 600.000 personnes auront perdu leur emploi à cause de la crise… Mais ce qui fait l’objet des principales préoccupations médiatiques et politiques, ce sont les 367 femmes en “burqa”. 367, c’est le chiffre révélé par les services du Ministère de l’Intérieur, structure qu’on peut difficilement accuser de faire des compromissions avec l’islam (c’est le moins qu’on puisse dire). Selon ces mêmes services, ces 367 femmes seraient pour la plupart jeunes (moins de 30 ans), vivraient en milieu urbain, et porteraient le voile intégral de manière totalement volontaire, voire militante. On est donc très loin des fantasmes véhiculés dans les médias dominants. Non seulement ce chiffre révèle que le port du voile intégral est un phénomène extrêmement marginal qui est très loin d’être en expansion, mais on apprend surtout que les femmes qui portent ce vêtement sont des personnes éduquées, avec des convictions politiques, et parfaitement émancipées. Évidemment, la disproportion évidente entre le caractère marginal de ce phénomène et l’ampleur médiatique qu’il a suscité serait risible si elle ne contribuait pas à la stigmatisation de l’ensemble des musulmans de France et plus particulièrement à l’aggravation des conditions d’existence des femmes voilées. Car contrairement à ce que prétendent certains, le calvaire enduré par ces femmes ne vient pas du vêtement en soi. C’est le regard de l’autre, souvent méprisant voire haineux, les discriminations quotidiennes et la stigmatisation permanente dont elles sont victimes, qui en réalité font de la vie des femmes voilées en France un véritable enfer. Quand les laïcards et les prétendus féministes auront pris conscience du mal qu’ils font subir à ces femmes et du tort qu’ils font à la religion musulmane par leur surenchère médiatique, peut-être qu’on parlera un peu moins d’islam et un peu plus des vrais problèmes qui préoccupent les gens.